Apprendre l’info-doc : quelle médiation ?

Médiadoc n°7 – Décembre 2011

Apprendre l’info-doc : quelle médiation ?

Médiadoc n°7 – Décembre 2011


Edito

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Couverture

Pour­suivant la réflexion ouverte par les deux pré­cé­dents numéros sur l’acte d’enseigner en information-​​documentation, cette 7ème édition de la revue Médiadoc s’intéresse à l’acte d’apprendre et aux pro­cessus d’apprentissage dans le contexte sco­laire, restant ainsi dans l’univers des sciences de l’éducation.

Le concept de learning centre récemment mis en avant dans le monde des biblio­thèques et porté par notre Ins­pection générale interroge le concept d’enseignement en le confrontant à ceux d’apprentissage et d’autonomie qui sont mis en avant. Si la libre construction des appren­tis­sages, telle qu’elle est pré­co­nisée par le concept même de learning centre, peut se concevoir quand elle s’adresse à un public d’adultes auto­nomes tels que peuvent l’être des étudiants, qu’en est-​​il quand elle vise des ado­les­cents qui, dans leur stade de déve­lop­pement même, n’ont pas encore atteint cette auto­nomie recherchée ? Cette auto­nomie ne fait-​​elle pas partie de ce qui s’apprend à l’école ?

La question devient d’autant plus pro­blé­ma­tique quand il s’agit d’autonomie infor­ma­tion­nelle. Dans l’univers de plus en plus com­plexe et opaque de l’information en ligne, peut-​​on laisser les élèves se débrouiller tout seuls ? Leur sup­posée aisance témoigne-​​t-​​elle d’une réelle auto­nomie acquise par leur pra­tique aussi intuitive qu’aléatoire du web et de ses réseaux ? Comme le sou­ligne Yolande Maury, l’accès à l’autonomie infor­ma­tion­nelle ne saurait se contenter de la logique centrée sur les espaces et la mise à dis­po­sition de res­sources, qui est celle du learning centre ; encore moins en occultant l’acquisition des connais­sances infor­ma­tion­nelles, comme le fait le PACIFI. Et s’il faut « réin­venter » le CDI, c’est en le pensant comme lieux d’enseignement-apprentissage de la culture de l’information, et non comme le lieu unique et mul­ti­fonc­tionnel de la vie scolaire.

Se pose alors la question de la médiation à mettre en place pour atteindre cette auto­nomie infor­ma­tion­nelle. Entre médiation docu­men­taire et médiation ensei­gnante, le sujet fait débat avec des posi­tion­ne­ments dif­fé­rents comme le sug­gèrent ici les articles de Vincent Liquète et de Cécile Gardiès que nous mettons en regard. La médiation docu­men­taire renvoie plus à une approche par la maî­trise de l’information, tra­duction fran­çaise de l’Information literacy.

Pri­vi­lé­giant l’accès aux res­sources, elle fait du pro­fesseur docu­men­ta­liste un médiateur entre un lieu, des docu­ments et les connais­sances à acquérir en les uti­lisant ; ces connais­sances étant de nature pluri-​​disciplinaire et non spé­ci­fique à l’information-documentation. C’est le para­digme déjà défendu par Séraphin Alava à la fin des années 1990. L’approche plus récente, par la culture de l’information, met en avant un ensei­gnement de l’information-documentation qui, tout en ne faisant pas l’impasse sur la médiation docu­men­taire qui s’y voit de fait intégrée, se place sous l’angle d’une médiation ensei­gnante. Ce type de médiation vise l’appropriation des connais­sances info-​​documentaires néces­saires pour appré­hender l’univers infor­ma­tionnel actuel et y acquérir une cer­taine auto­nomie. Si la médiation docu­men­taire peut être dévolue à un docu­men­ta­liste ou à un biblio­thé­caire, la médiation ensei­gnante nécessite un pro­fesseur spé­cialisé en information-​​documentation. Ce qui se fait dans l’enseignement agricole peut ainsi être cité en exemple.

Une fois posée cette posture ensei­gnante du pro­fesseur docu­men­ta­liste, comment envi­sager les appren­tis­sages info-​​documentaires ? Si, comme le sou­ligne Phi­lippe Per­renoud, l’école n’est pas le seul lieu où on apprend - il y a tant d’autres lieux et moyens pour apprendre – peut-​​on séparer ensei­gnement et appren­tissage ? Peut-​​on concevoir des appren­tis­sages sco­laires, et plus par­ti­cu­liè­rement info-​​documentaires, sans ensei­gnement, sans médiation ensei­gnante pour les concevoir et les mettre en œuvre ? L’article d’André Tricot apporte ici un éclairage inté­ressant sur l’acte d’apprendre et sa contex­tua­li­sation au sein de l’école.

Nous aime­rions une fois pour toute tordre le cou au faux procès fait actuel­lement à la Fadben et, plus géné­ra­lement, à la didac­tique de l’information ainsi qu’aux pro­fes­seurs docu­men­ta­listes qui s’y inté­ressent. Faux procès selon lequel enseigner revien­drait à faire des « cours magis­traux d’info-com » [1](Sic). C’est ne pas lire les écrits incri­minés ou n’y rien com­prendre que d’avancer de tels propos ! A moins qu’il n’y ait là une stra­tégie de déni­grement volon­taire qui n’échappera pas à ceux qui savent lire entre les lignes.

La péda­gogie docu­men­taire, puis la didac­tique de l’information s’inscrivent dans une épis­té­mo­logie qui prend racine dans une conception construc­ti­viste des appren­tis­sages et de l’acte d’enseigner, ce dernier n’étant là que pour per­mettre aux appren­tis­sages de se faire. En témoigne la contri­bution de Denise Orange Ravachol, maître de confé­rence en Sciences de l’éducation spé­cia­liste de la didac­tique des sciences, qui tra­vaille avec des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes sur la conception de situations-​​problèmes en information-​​documentation. Approche ensei­gnante très éloignée du cours magistral !

C’est dans ce sens que vont aussi les propos d’Anne Cordier. Au-​​delà de la cri­tique faite aux pro­fes­seurs docu­men­ta­listes qui adoptent une attitude trop pres­criptive, c’est une invi­tation à explorer les pos­sibles ouverts par la didac­tique de l’information pour mettre en œuvre un ensei­gnement info-​​documentaire prenant appui sur le lieu-​​laboratoire CDI et débou­chant à terme sur l’autonomie infor­ma­tion­nelle visée.

Quant aux objets tech­niques, ou mné­mo­tech­niques, s’ils peuvent être consi­dérés comme outils auxi­liaires aux ensei­gne­ments, ils deviennent à leur tour objet d’enseignement dès lors qu’on se place dans le domaine de l’information-documentation. Mise en abîme fruc­tueuse des dif­fé­rentes média­tions pos­sibles : docu­men­taire, tech­nique, ensei­gnante, avec pour visée auto­nomie et éman­ci­pation des élèves. Ce qui est la finalité de tout enseignement.


Notes

[1] Lire le billet de Pascal Duplessis sur le site des Trois cou­ronnes : « "Cours d’info-com, cours magistral" : pour en finir avec quelques clichés ». http://​les​trois​cou​ronnes​.esmeree​.fr…. Ainsi que celui d’Angèle Stalder : « Professeur-​​​​documentaliste ou pro­fesseur docu­men­ta­liste ». http://​les​trois​cou​ronnes​.esmeree​.fr/​t​a​b​l​e​-​r​onde/ (Consultés le 09-12-2011)

Documents joints
Sommaire Médiadoc 7
André Tricot - "Apprentissages et enseignement"
Denise Orange Ravachol - "Appren­tissage et médiation ensei­gnante en siences et en infor­mation documentation"
Julie Caratti - "Autonomie scolaire et apprentissages informationnels"

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