Rapport moral 2011

FADBEN

RESUME
Rapport moral 2011 de la FADBEN, fédé­ration des ensei­gnants docu­men­ta­listes de l’Education Nationale.

Rapport moral 2011

FADBEN


RAPPORT MORAL 2011

Bien que la plupart des ten­dances constatées dans les rap­ports d’activités des années pré­cé­dentes se confirment, l’année 2011 a été marquée, pour la FADBEN, par un élément nouveau, « le déni­grement » de l’association par l’IGEN, dont les projets se révèlent clai­rement aller à l’encontre de l’évolution de la pro­fession dans l’histoire même de sa création. Cette offensive ouverte nous oblige à com­mu­niquer, plus que d’habitude, sur un des aspects consti­tutif de notre pro­fession « la mission ensei­gnante », ce qui nous oblige à mieux com­mu­niquer aussi sur la cohé­rence de cette mission qui fédère les projets et les actions mises en œuvre, quo­ti­dien­nement, dans les établis­se­ments scolaires.

Le déni d’un petit nombre de col­lègues ali­mente le dis­cours de l’IGEN qui vise à mar­gi­na­liser, voire à ridi­cu­liser, le travail péda­go­gique quo­tidien des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, ainsi que les orien­ta­tions prises par la fédé­ration, allant même jusqu’à déformer les pro­po­si­tions qu’elle fait.

Il ne s’agit pas de nous jus­tifier mais de tou­jours et encore expliquer, expli­citer, montrer la cohé­rence d’un métier qui relève de l’enseignement.

Il s’agit, pour la FADBEN, de pour­suivre son action de for­mation auprès des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes pour les faire évoluer dans leurs pra­tiques et dans leurs repré­sen­ta­tions du métier d’enseignant qui est le leur.

Il s’agit de com­mu­niquer de façon suf­fi­samment claire pour faire barrage aux vieilles peurs et aux épou­van­tails agités actuel­lement pour déna­turer nos pro­po­si­tions et orienter la pro­fession vers un métier qui n’est pas his­to­ri­quement le sien.

Depuis 1974, dans les textes offi­ciels, le CDI et les res­sources sont au centre des établis­se­ments secon­daires français. Depuis 1989, avec la création du CAPES de Docu­men­tation les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ont fait évoluer la vision locale du métier qui est le leur, ainsi que du lieu CDI, des docu­ments et des outils docu­men­taires, pour aller vers une vision plus globale centrée sur la notion « d’information » qui est au cœur de leur posture pédagogique.

Depuis 40 ans, la FADBEN par­ticipe à la pro­fes­sion­na­li­sation des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, les accom­pa­gnant dans le passage d’une posture métho­do­lo­gique vers une démarche d’apprentissage des savoirs de l’information-documentation devenus indis­pen­sables à acquérir par les élèves. Démarche d’apprentissage héri­tière des avancées de la péda­gogie active et non du cours magistral, comme on vou­drait le faire croire ! Dès lors la question de l’accès à l’information (uti­li­sation autonome de l’information) est à la fois intégrée et dépassée pour viser le déve­lop­pement de la culture infor­ma­tion­nelle des élèves. Culture qui associe des connais­sances rela­tives à l’information, aux médias, à la tech­nique et à l’éthique. La culture infor­ma­tion­nelle par­ti­cipant désormais à cette culture générale indis­pen­sable à tout être, à tout citoyen. Car, qu’est-ce que la culture si ce n’est cette pos­si­bilité de donner sens et signi­fi­cation au monde qui nous entoure ?

Cette évolution du métier touche ainsi la nature même des savoirs mis en jeu à acquérir et à faire acquérir aux élèves. Si la pro­fession est partie du trai­tement de l’information, de l’information outil d’apprentissage, ces dimen­sions ont par­ticipé à faire de l’information un objet d’apprentissage à part entière. Les phé­no­mènes infor­ma­tionnels ont pris une telle ampleur que les connais­sances qui leur sont atta­chées sont devenues indis­pen­sables à leur com­pré­hension et à leur uti­li­sation. Culture, vous avez dit culture…

1. Vie de l’association

L’association est à l’inverse de l’image pas­séiste que cer­taines cam­pagnes de déni­grement col­portent sur les listes de dif­fusion depuis 2010. Elle est dyna­mique, elle renou­velle ses adhé­rents et est « boostée » par les muta­tions suc­ces­sives de notre métier liées prin­ci­pa­lement aux tech­no­logies de l’information et de la communication.

Les dis­cus­sions récentes autour d’un pré-​​ projet de cir­cu­laire, les débats ouverts autour du concept de « learning (res­source) centre » per­mettent au travail, conduit par la FADBEN, ces 20 der­nières années d’être iden­tifié et mieux perçu par la profession.

1.1 Actualité : La FADBEN force de propositions

Depuis 40 ans, la fédé­ration est force de pro­po­si­tions, notre déter­mi­nation s’inscrit tou­jours dans l’action.

Il s’agit pour nous de mettre au cœur de nos actions le rôle essen­tiel­lement péda­go­gique du pro­fesseur documentaliste.

La mission d’enseignement, apparue dès 1974 avec l’appellation CDI, a pour objectif d’alimenter les connais­sances et la réflexion des élèves à l’égard de l’information et des médias. Ceci afin de former des indi­vidus créatifs, capables de vivre dans un envi­ron­nement infor­ma­tionnel com­plexe ; afin de favo­riser une approche ques­tion­nante du document, de l’information, des médias… Cette mission s’exerce en prenant appui sur le CDI reconnu comme un lieu de travail sin­gulier, un labo­ra­toire de pra­tiques péda­go­giques et infor­ma­tion­nelles inno­vantes pour les élèves (apprendre, explorer, inventer, créer, com­prendre). Elle s’exerce seul ou en col­la­bo­ration avec les ensei­gnants des autres disciplines.

Un autre enjeu est de rap­peler l’absence de dis­po­sitifs ou d’organisation au sein des établis­se­ments per­mettant le déve­lop­pement d’une véri­table culture informationnelle.

Appeler à tra­vailler en synergie avec des acteurs, les ensei­gnants d’autres dis­ci­plines, un travail en col­la­bo­ration tant autour des res­sources que de la for­mation des élèves sont néces­saires en pré­servant la spé­ci­ficité et le rôle de chacun. Une demande, tou­jours actuelle, de for­ma­li­sation et de ratio­na­li­sation des contenus d’apprentissages des­tinés aux élèves, une demande d’institutionnalisation du rôle d’enseignant des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes dans la trans­mission des savoirs sco­laires de l’information-documentation. La recherche didac­tique pro­gresse dans ce domaine et la FADBEN y contribue.

La gestion de l’information au sein des établis­se­ments constitue un second enjeu pour notre pro­fession. Un enjeu là encore essen­tiel­lement péda­go­gique, dans un champ d’action très spé­ci­fique pour lequel nous sou­hai­te­rions, en ce début de XXIe siècle, plus de partage, la pos­si­bilité de mutua­liser les notices, de par­tager les bases de données, d’échanger via un réseau d’établissement per­formant, afin de ne pas recom­mencer chacun dans son établis­sement un trai­tement de l’information qui mobilise trop de temps, au détriment de la for­mation à l’information ou du déve­lop­pement culturel.

L’objectif de la FADBEN est aussi de sol­li­citer et de tra­vailler en col­la­bo­ration avec le monde des cher­cheurs, car c’est cette recherche qui donne une assise scien­ti­fique et fiable à nos reven­di­ca­tions. Ce sont les avancées de la recherche qui per­mettent et valident notre action péda­go­gique auprès des élèves.

Créer des synergies entre les labo­ra­toires des sciences de l’information et de la com­mu­ni­cation, de l’informatique, des sciences de l’éducation, des sciences cog­ni­tives, afin d’alimenter nos pra­tiques quo­ti­diennes dans les établis­se­ments et auprès des élèves.

Une des actions prin­ci­pales de la Fadben a tou­jours été, et reste, celle d’interpeller l’institution et les politiques.

S’assurer que la com­mu­ni­cation sur les évolu­tions de notre métier est bien perçue ; cer­tains rendez-​​vous ont montré combien les repré­sen­ta­tions sont datées ou faussées par des dis­cours stra­té­gi­quement orientés.

L’absence d’un diag­nostic national sur les pré­ro­ga­tives minis­té­rielles concernant les dis­po­sitifs, le recru­tement et la for­mation des per­sonnels, les réseaux d’établissement, les poli­tiques d’accès et de pro­motion des res­sources docu­men­taires, pose pro­blème quand il s’agit de faire évoluer les représentations.

L’absence d’institutionnalisation du rôle péda­go­gique des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes dans leur action directe auprès des élèves, aussi. La FADBEN essaye de mul­ti­plier les leviers ins­ti­tu­tionnels pour pousser nos idées.

1.2. Informations générales

Les locaux

Passé inaperçu et pourtant source d’une sur­charge de travail, la FADBEN a déménagé cet été, le temps de rénover la pla­te­forme qui héber­geait ses locaux. Tout trier, tout sortir en Juin et tout réins­taller fin Octobre 2011 dans des locaux neufs un peu plus grands et à la même adresse, bien sûr.

Les adhérents

L’association a enre­gistré en 2011 (année civile) 967 adhé­sions, une légère dimi­nution par rapport à l’an dernier.

Le Bureau national

Au cours de l’année 2011, le BN s’est réuni 5 fois (une fois de moins que l’an dernier)

Un dif­ficile travail à dis­tance : si nous pou­vions nous contenter de traiter le fil tran­quille d’orientations décidées en Comité directeur, chaque membre du bureau national ayant en charge cer­tains dos­siers, la vie asso­ciative serait un long fleuve tran­quille. Mais, rien ne res­semble à cela !

Quelques exemples pour 2011 :

  • Le pré-​​projet de cir­cu­laire de mission nous par­venait deux jours après la réunion du Comité Directeur de Janvier 2011. Il fallut alors se relancer dans les ana­lyses com­pa­ra­tives, la rédaction de com­men­taires et la prise de décision dans des délais brefs, en moins de huit jours, car pro­vo­cation ou non, le fichier élec­tro­nique s’intitulait : « 4-BOEN_Circulaire_Documentalistes-missions_2010.pdf », autant dire prêt à sortir au BOEN de la semaine suivante !
  • Le sémi­naire sur le « Learning centre » : tout d’abord mettre en œuvre une pro­cédure pour que les ADBEN soient invitées au sémi­naire inscrit au plan de for­mation nationale, alors qu’un public précis était ciblé à l’origine, les ins­crip­tions devaient se faire rapi­dement auprès de l’inspection vie sco­laire locale. Nous concerter ensuite sur les prises de posi­tions à adopter sur place sachant que nous serions attendus et pas for­cément les bien­venus pour les organisateurs.
1.3. la mise en œuvre du site web

La vie de l’association passe aussi par l’information et la com­mu­ni­cation. Les cam­pagnes et dif­fé­rentes actions sont ins­crites sur le web tout comme les éléments de com­mu­ni­cation. Le site se doit d’être un reflet, le plus fidèle pos­sible, de nos actions, de notre réflexion, de nos posi­tion­ne­ments et de nos idées.

2. Réflexion professionnelle

Exercer un métier qui évolue sans cesse, pra­tiquer un métier à facettes mul­tiples à l’intérieur d’une même pro­fession, celle d’enseignant, une situation par cou­rante dans l’enseignement. Peu de pro­fes­sions offrent une telle richesse. Faire par­tager l’enthousiasme intel­lectuel carac­té­ris­tique des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, demeure tou­jours un enjeu d’actualité.

Mais nos actions n’ont d’impact que si elles sont for­tement relayées dans les Académies.

La réflexion pro­fes­sion­nelle menée s’est exprimée, d’une part, dans les publi­ca­tions de la revue Médiadoc dont les numéros 6 et 7 de l’année ont accom­pagné la réflexion asso­ciative sur la signi­fi­cation et la portée de l’acte d’enseignement et, en parallèle, sur l’acte d’apprendre, sur les pro­cessus d’apprentissage et les média­tions à mettre en œuvre dans le contexte scolaire.

D’autres part dans la pour­suite des groupes de travail : le groupe enquête nationale qui se penche sur les connais­sances infor­ma­tion­nelles des élèves du secon­daire ; le groupe métier qui poursuit la réflexion initiée lors de la conception du Réfé­rentiel métier.

La réflexion sur les espaces menée lors de la publi­cation, en octobre 2009, du Médiadoc n°3 « Espace d’information, espace de for­mation », doit aussi se pour­suivre. Le Learning (res­source) centre anglo-​​saxon, désigné par les cana­diens comme « car­refour d’apprentissage », bien que modèle émergent dans le monde des biblio­thèques, est à inter­roger. Basé sur l’autonomie et le libre accès à des res­sources essen­tiel­lement en ligne, ne risque-​​t-​​il pas de ne devenir qu’un lieu de passage situé en plein car­refour des flux d’informations ? Qu’en est-​​il des arrêts néces­saires au temps de l’étude et de l’accès à l’autonomie, au temps des appren­tis­sages et de la lente assi­mi­lation des connaissances ?

Nous reven­di­quons plutôt un lieu labo­ra­toire d’expériences, tou­jours per­fec­tible, un lieu de for­mation, d’apprentissage et de culture. Un lieu qui laisse du temps au temps pour la prise de recul néces­saire à la construction per­son­nelle, avec la pré­sence sur le temps sco­laire d’enseignants qua­lifiés pour assurer la for­mation et les média­tions néces­saires à la construction des connais­sances et de l’autonomie, plus par­ti­cu­liè­rement infor­ma­tion­nelles, puisque ce sont celles qui sont de notre ressort.

La réflexion sur les espaces n’est pas à dis­socier de la réflexion sur l’enseignement et la for­mation des élèves, l’espace infor­ma­tionnel ne peut pas être pensé indé­pen­damment des appren­tis­sages, et qui plus est des appren­tis­sages informationnels !

3. Promotion de la profession

3.1 L’échec du dernier pré-​​projet de cir­cu­laire, janvier 2011

Face au silence de la DGESCO concernant les remarques for­mulées par la FADBEN à propos de la der­nière version du projet de cir­cu­laire, nous avons décidé d’écrire au Ministre de l’Education Nationale afin de signaler notre désaccord sur les modi­fi­ca­tions apportées au dernier document transmis avant publi­cation. Nous avons refusé, pré­cédés ou suivis par un certain nombre de syn­dicats, les cor­rec­tions portées sur l’ultime texte négocié au ministère dans une réunion avec les membres de la DGESCO, de la DGRH, des syn­dicats et de la FADBEN. Bref retour en arrière :

Le temps des compromis

La volonté de faire évoluer la cir­cu­laire de mis­sions des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes est un projet partagé avec nos par­te­naires syn­dicaux. Une consul­tation, ouverte depuis décembre 2009 avait permis de se recentrer sur quelques mis­sions fon­da­men­tales fédérées par la focale péda­go­gique, déjà cen­trale dans la cir­cu­laire de 1986.

Le projet de cir­cu­laire de mission du pro­fesseur docu­men­ta­liste, discuté par des repré­sen­tants de la DGESCO, de la DGRH, 10 syn­dicats et la FADBEN, devait, de notre point de vue, éviter l’enfermement dans une pure logique docu­men­taire. L’ingénierie docu­men­taire, la logique admi­nis­trative de gestion des res­sources, mis en avant dans la der­nière version du projet, faisait du pro­fesseur docu­men­ta­liste un conseiller du chef d’établissement, l’assimilant à un chef de projet ou de travaux. Cette logique, qui continue à être mise en avant dans les ini­tia­tives actuelles de l’IGEN, va à l’encontre de la logique d’action péda­go­gique directe auprès des élèves qui est et doit rester celle du pro­fesseur docu­men­ta­liste, logique sans laquelle il n’a plus lieu d’appartenir au corps professoral.

La main invisible

Un indé­niable décalage s’est introduit entre les dis­cours poli­tiques, sociaux et culturels et leur tra­duction dans les textes offi­ciels. Un décalage entre les argu­ments des pro­fes­sionnels et les repré­sen­tants de l’institution.

Les repré­sen­tants de la DGESCO, avaient sans doute pour souci de « réussir la réforme du Lycée », les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes étaient attendus dans les nou­veaux dis­po­sitifs ; ils trou­ve­raient leur place dans le cadre de l’accompagnement personnalisé.

Le texte, écrit à plu­sieurs mains lors des deux ren­contres au ministère, bien que trop contex­tualisé dans la réforme du lycée, était le fruit du compromis.

Les bases de la mission ensei­gnante étaient, à minima, pré­servées. Le texte devait passer devant les com­mis­sions habi­tuelles avant d’être finalisé, fin juin 2010.

En janvier 2011 une main invi­sible est venue modifier cer­tains pas­sages, changer les verbes et vider le texte de tout intérêt pour la pro­fession, menaçant clai­rement la mission ensei­gnante, ce qui pour nous devenait inacceptable.

3.2. L’inspection Vie sco­laire seraient-​​elle en train de redé­finir notre métier sans concertation ?

Alors qu’en 2010, nous évoquions un certain conser­va­tisme poli­tique à l’opposé du volon­ta­risme des acteurs pro­fes­sionnels, l’inspection générale EVS est passée à l’action sou­haitant redé­finir rapi­dement le métier. Là où elle le peut, elle inter­vient (poli­tique docu­men­taire, pro­to­coles d’inspection, Pacifi, livre bleu, learning centre…) et offi­cialise de nou­velles mis­sions pour les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes. Ces mis­sions relèvent de modèles théo­riques empruntés au monde des biblio­thèques « poli­tique docu­men­taires » ou « learning centre » sans aucune enquête préa­lable, sans étude de fai­sa­bilité, sans concer­tation et se gardant surtout d’évoquer les impacts sur la pro­fession de pro­fesseur documentaliste.

Les dis­cours tenus et publiés tendent à faire l’impasse sur la cir­cu­laire de mission de 1986, quand ils ne la mettent pas car­rément aux oubliettes pour obso­les­cence ! Se redessine alors un nouveau profil occultant la mission péda­go­gique au profit de fonc­tions de service éloi­gnant les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes de l’action de for­mation directe auprès des élèves.

4. Les relations de la FADBEN avec l’Institution

Elles ont tou­jours été mar­quées par un souci de pro­fes­sion­na­li­sation. Comme la FADBEN, les repré­sen­tants syn­dicaux constatent l’aspiration gran­dis­sante de la pro­fession à assumer l’identité ensei­gnante portée par la création du CAPES en 1989. Les enquêtes de nos par­te­naires confirment qu’une grande majorité de la pro­fession place leur mission « essen­tiel­lement péda­go­gique » au cœur du métier.

Dès lors, où sont les freins ? Malgré les avancées de la recherche et la géné­ra­li­sation des expé­riences péda­go­giques diver­si­fiées conduites au quo­tidien sur le terrain par une très grande partie de la pro­fession, les ser­vices de gestion des per­sonnels de l’Education nationale conti­nuent à consi­dérer la docu­men­tation comme une dis­ci­pline pra­tique pour recon­vertir les ensei­gnants confrontés à diverses dif­fi­cultés. Depuis de nom­breuses années notre pro­fession est vue comme « une variable d’ajustement ». 20 ans après la création du CAPES, il est mal­heureux de constater que plus de 50% de la pro­fession est entrée dans le métier sans for­mation spé­ci­fique. L’absence d’agrégation témoigne d’une volonté ins­ti­tu­tion­nelle de ne pas consi­dérer les appren­tis­sages docu­men­taires et infor­ma­tionnels sous l’angle didactique.

Malgré le CAPES, l’institution n’envisage le pro­fesseur docu­men­ta­liste et le CDI que dans une logique Vie Scolaire.

Depuis une dizaine d’années, le CDI est à son tour devenu une variable d’ajustement pour la gestion des flux d’élèves, voire même un « pal­liatif » éducatif, c’est cette vision qui domine le dis­cours ins­ti­tu­tionnel aujourd’hui. La mise en avant du rôle social du lieu, considéré uni­quement comme lieu de vie plaisant et agréable, l’éloigne de sa fonction pre­mière de lieu dédié à la for­mation intel­lec­tuelle et cultu­relle des jeunes, et encore plus de sa fonction de lieu dédié aux appren­tis­sages par et sur l’information.

Le pro­fesseur docu­men­ta­liste y est attendu pour répondre aux besoins d’accompagnement des élèves propres à la vie sco­laire, un rôle d’auxilliaire éducatif et surtout pas un rôle d’enseignant ! Est-​​ce là une ten­tative « masquée » de faire dis­pa­raître la mission enseignante ?

La FADBEN se tourne donc non seulement vers ses adhé­rents mais aussi vers les non-​​adhérents qui sou­tiennent sa vision du métier. Nous sommes désormais face à deux modèles de pro­fes­sion­nalité différents :

  • d’une part celui d’enseignant sur lequel s’est bâtie notre identité pro­fes­sion­nelle jusque là et que la FADBEN reven­dique parce que nous en par­ta­geons les finalités ;
  • d’autre part celui de biblio­thé­caire ou de docu­men­ta­liste avec les­quels nous avons des points de conver­gence mais dont les fina­lités sont dif­fé­rentes. Ce modèle est quant à lui de plus en plus clai­rement porté par l’IGEN.

C’est entre ces deux modèles qu’il faut choisir pour construire notre avenir proche. Les qua­rante ans d’histoire de la FADBEN se sont écrites avec vous. Rejoignez nous !

5. Une culture professionnelle en partage.

Nous avons demandé à nos adhé­rents de construire loca­lement les actions néces­saires à la recon­nais­sance de notre identité enseignante.

− Porter l’idée d’un module de for­mation des élèves inscrit à leur emploi du temps et inté­grant des temps décrochés pour déve­lopper les connais­sances infor­ma­tion­nelles. Les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes n’ont pas l’intention d’abandonner leur mission péda­go­gique d’enseignement. Le ministère sait ins­crire des prio­rités à l’emploi du temps des élèves quand il le décide et sait aussi accom­pagner les réformes de moyens raisonnables.

− Insuffler la pro­motion d’un véri­table cur­ri­culum en information-​​documentation auprès des institutions.

− Col­la­borer et s’appuyer sur les ins­ti­tu­tions et les asso­cia­tions qui portent la même finalité.

Et construire ensemble, aujourd’hui plus qu’hier, des actions com­munes pour demain.

Martine ERNOULT